Quand Monsieur Abd al Malik rencontre Monsieur Albert Camus

Certaines lectures diffractent l’être en un nombre infini de faisceaux lumineux. Tous ne brillent pas avec la même intensité, d’ailleurs tous ne brillent pas : il y en a parfois des obscurs ou des silencieux. Ils prennent des directions différentes, quelques fois opposées. C’est pourquoi, rendre compte de certaines lectures peut exiger le déploiement de différents moyens : c’est l’éternelle question du rapport à la littérature et de son partage.

Abd al Malik s’est confronté à la question, et le temps d’un soir, au Théâtre de la Ville à Paris, il est allé au front, sincèrement, avec pugnacité et finesse. L’action était d’autant plus remarquable qu’il évoquait sa rencontre avec Albert Camus.

 

Je ne vous parlerai pas ici des mots choisis par Abd al Malik, ni de ses vers, encore moins de sa prose, nous connaissons tous la force de ses écrits. Je ne m’attarderai pas sur le fond, je n’oserai pas déformer la puissance des propos de ces artistes. Je m’arrête à la forme, à la voix pourpre d’Abd al Malik, au « R » roulé avec justesse, à l’anaphore de sa poésie, à ses pas de danse enfiévrés et aux mouvements tourmentés de sa main droite, car l’effet de la littérature sur un être se mesure aussi à l’épuisement de toutes les ressources de cet être. Le combat du soldat de plomb fut ardent, passionné, fulgurant. Le ravissement était total. Abd al Malik racontait plus qu’une rencontre ou qu’une vie, il avait atteint le privilège de raconter ses vies, et les nôtres peut-être aussi.

 

Par son être ce soir-là, il avait, comme Camus, déchiffré l’écriture du monde[1]. De Gibraltar à Alger, en passant par l’insaisissable Naïma, Abd al Malik a raconté le Marseillais, les tours d’Alsace et de Paris, le soleil de Dakar, et sa main droite ne cessait de danser.

 

Le résultat fut époustouflant.

Standing ovation. Evidemment.

 

[1] A. Camus, Noces , « Par elle [sa peau], auparavant, je déchiffrais l’écriture du monde ».

3 Replies to “Quand Monsieur Abd al Malik rencontre Monsieur Albert Camus”

  1. Bon article, merci d’avoir partagé cela.
    Ce nouveau registre te va bien. J’ai apprécié l’angle choisi pour critiqué ce spectacle que tu semble avoir aimé. Je regrette que tu n’ai pas plus approfondi ton analyse, j’auraïe lu jusqu’à la dernière ligne 🙂

    1. Merci pour ton retour !

      J’essaierai d’écrire de manière plus détaillée à l’avenir ! C’est vrai que la fin peut sembler un peu rapide ! 😉

  2. En te lisant, je regrette profondément de ne pas y assister à son spectacle !
    Merci pour ce jolie partage 🙂

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